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 Youri Tamizura

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Youri Tamizura

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Nombre de messages : 23
Emploi/ Club : Assistant social à l'orphelinat
Classe : Troisième année en médico-social
Date d'inscription : 01/08/2007

MessageSujet: Youri Tamizura   Lun 1 Sep - 3:09

Nom : Tamizura
Prénom : Youri
Sexe : Masuclin
Age : 22 ans

Profession *: En plus des heures qu'il fait à l'orphelinat Ste Rose, il fait mannequin pour une boutique chic du centre-ville (héhé, pas de chance, les photos publicitaires sont sur les murs du magasin et de la ville...XD)
Classe *: Troisième année de médico-social, promo des assistantes sociales (si, si)
Passe-temps/Hobby : Il lit, quand il en a le temps, ou écoute de la musique, sinon, il essaie de sortir de temps en temps avec des connaissances ou amis
Club(s) : Aucun pour le moment, il n'a pas vraiment le temps.

Ce qu'il aime : les enfants, l'alcool (mine de rien !), la cuisine maison (pour ça qu'il cuisine lui-même, le plus souvent, il a été "mal" habitué XD),
Ce qu'il n'aime pas : l'hypocrisie et l'intérêt des gens, le gaspillage, la violence gratuite (même s'il hésite pas à se battre s'il le faut ou si on l'énerve), parler de lui

Caractère : 7 lignes minimum

Description physique : Youri est un beau jeune homme. On ne peut immanquablement dire le contraire, malheureusement pour lui. Assez grand (un peu plus d'1m85), il est fin et assez bien fait. En fait, n'étant pas épais à la base, ses muscles lui donne l'impression d'être vraiment costaud. Et ce n'est pas de la gonflette, il se fait vraiment sa séance quotidienne de muscu ! On peut donc se figurer qu'à ce niveau-là, il est déjà pas mal attirant pour la gente féminine (ou autre, s'il y a des intéressés).

Lieu d'habitation : Un appartement sous les toits dans l'immeuble le Bel Azur, Palissade, numéro 40
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Youri Tamizura

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MessageSujet: Re: Youri Tamizura   Lun 1 Sep - 3:23

Histoire : J'étais assis dans ce fouttu bureau avec cette fouttue salope. Elle me prenait sérieusement la tête. Si ça n'avait été que de moi, je lui aurais collé ma main dans la figure. Mais je savais que j'en aurais pas été capable. Cette pauvre femme faisait que son boulot, elle n'était pas méchante. Elle essayait juste de me faire rentrer dans le crâne que je faisais connerie sur connerie depuis qu'elle avait mon dossier, et peut-être même avant. Mais je voulais pas l'écouter, moi, tout ce qui m'intéressait, c'était me casser de là, et plus l'entendre. Ce qui m'énervait le plus, dans ces entretiens avec elle, c'était qu'elle visait toujours là où ça fait mal. Je pouvais jamais rien lui cacher, et elle avait l'art de toujours dire la vérité, celle qu'on veut pas voir.

On vint la chercher en urgence pour un cas visiblement grave et qu'on devait régler de suite. J'appris plus tard que c'était un père violent qui venait rechercher son enfant qu'on lui avait enlevé parce qu'il le battait. Elle pensait d'abord me laisser dans son bureau, il n'était que huit heures du matin, et j'avais la journée devant moi ; en fait, elle demanda à celle qui était venue la chercher de m'emmener dans la salle à manger voir un certain Youri. Pour moi, un mec dans ce genre d'endroit, c'était forcément un détraqué, comme moi, ou un gosse que personne n'a jamais voulu et qui a dépassé la quinzaine. Je n'avais aucune envie de perdre mon temps avec un délinquant de première. J'avais déjà assez de soucis comme ça et faire la connaissance d'un autre délinquant ne risquait pas d'arranger les choses. Du moins, c'est ce que je pensais.

Dans la salle à manger, on me désigna vaguement un grand type de dos, très brun, et habillé comme un garçon de café. Chemise blanche, pantalon noir, cheveux noirs, le monsieur-tout-le-monde type. Enfin, juste de dos. Même étant un mec, je suis resté con, la première fois que je l'ai vu de face. Ce gars-là n'était pas, mais alors vraiment pas du tout monsieur-tout-le-monde. Il était vraiment, mais vraiment très beau. Il se tourna vers moi et me sourit. Il avait quelque chose de doux dans les expressions, même s'il en imposait, mine de rien.

Comme je ne disais rien, son sourire s'élargit en coin, ce qui produisit une légère faussette :
"Que t'arrive-t-il ?" demanda-t-il d'une voix claire et douce.
"Je...euh..." Je ne savais pas vraiment pourquoi je bégayais. Il y avait quelque chose de pas net en lui, comme si tout ce que je voyais là n'était qu'une façade. Il avait l'air gentil, pourtant -et il l'est réellement-, mais je me sentais mal à l'aise. Au bout d'un moment, je réussis à articuler correctement :
"J'avais rendez-vous avec Vi...madame Viivière mais on l'a appelée pour autre chose et on m'a dit de venir vous voir."
"Ah, ouais, je vois. C'est pour l'autre taré. Je l'ai enfermé de force dans un bureau mais on a pas réussi à le calmer."

Il revint à ce qu'il faisait : plier des vêtements d'enfant, en les triant avec méthode, comme s'il savait exactement à qui appartenait quoi. Je n'ai remarqué le bleu sur son cou qu'à ce moment-là. Juste au-dessus d'un bout de tatouage à l'encre rouge, il avait une sacrée marque et je compris alors pourquoi je le trouvais bizarre. Il était trop musclé pour s'occuper seulement d'enfants et en effet, il avait dû se battre.
"C'est lui qui vous a fait ça ?"
Il eut un sourire gêné puis répondit assez précipitamment :
"Oh, t'en fais pas, c'est rien !"
"C'est le papa de Théo qui lui a fait ça. Mais Youri il s'est super bien battu, il l'a envoyé au tapis comme ça ! Super vite !"
Lui aussi s'était tourné vers la petite fille qui venait de parler. Je me rendis compte alors qu'il y avait beaucoup d'enfants dans cette salle, assis à faire leurs devoirs, visiblement, sous la surveillance de ce type étrange.
"Allez, retourne à ta rédaction, toi ! Et t'as pas oublié ce qu'a dit Madame la Directrice ?" Et je les vis tous les deux passer les doigts sur leurs lèvres comme s'ils fermaient une fermeture éclair. Il eut sourire tendre et avec un doux rire, il posa sa main sur la tête de la petite : "Allez, c'est bien. Continue un peu, je t'aiderai à corriger quand tu auras fini."
Puis il se tourna de nouveau vers moi : "Donc oui, tu étais dans le bureau avec Madame Vivière et elle a dû partir ? Bon, bah écoute, si elle a demandé à ce que tu restes avec moi, y a pas de soucis, mais tu risques de t'ennuyer un peu...À moins que ça ne te dérange pas de m'aider un peu ?"
"ça m'est complètement égal." dis-je en haussant les épaules.
Il sourit. "D'accord...Bah si ça t'ennuie pas de me filer un coup de patte pour le linge, j'ai encore une lessive à faire tourner et à en aider quelques uns pour les devoirs."

C'était la première fois que je pliais du linge. D'habitude, c'était ma tante qui s'en occupait. Je trouvais ça quand même dérangeant de trier les culottes et les caleçons des petits, mais visiblement, c'était naturel pour lui. Je me surpris à penser que ce devait être un père génial. Beau, costaud, gentil, homme à tout faire avec une classe indéniable. Non, ce n'était pas possible, y avait forcément un hic.

Il était monté poser les vêtements sur les étagères respectives des enfants, dans leurs dortoirs, puis était revenu rapidement pour superviser le travail. Beaucoup d'entres eux n'avaient pas de problème et ne demandait pas son aide. Je le regardais s'occuper de la petite qui avait pris la parole juste avant. Un gemou à terre à côté de la chaise basse de la petite, il était assez nonchalant et un crayon à la main parcourait la copie à la recherche des fautes. Puis il sembla en trouver une particulièrement grossière, car il fit une mimique ridicule. Il avait l'air d'un débile profond, d'un coup.
"Oooooh ! Katarina, c'est quoi ça ?" La petite se pencha avec un sourire amusé et chercha la solution, en donnant plusieurs qu'il refusa avec cet air d'ahuri et une voix bizarre, que l'on entend surtout dans les films fantastiques. Vous voyez la p'tite bestiole ridicula qui a rien à faire là ? Bah c'était ce genre, et d'un coup, je me disais qu'il était comme les autres, qu'il servait à rien, que ce n'était qu'un gamin, un attardé mental à qui on a confié les basses besognes pour l'occuper. C'était peut-être un peu raide comme jugement, mais je pensais bel et bien qu'il était handicapé mental. La gamine trouva la solution et il la chatouilla doucement en disant "Ouiiiiii !" de manière encore plus ridicule. Elle rit de bon coeur et le regarda, visiblement heureuse. "Allez, corrige-moi ça, le reste c'est bien, Katy, tu as fait de gros progrès, continue comme ça." dit-il en se relevant.

C'est alors que je me rendis compte qu'on me tirait par la manche. Je me tournais et vit une jolie petite fille à la peau café-au-lait et aux courts cheveux crépus tressés qui me regardait de ses grands yeux noirs. "Dis, t'es fort en Histoire ?" D'un coup, je me sentis bête. Je n'arrivais pas à refuser pourtant je regrettais de ne pas avoir suivi plus souvent en cours, car j'avais peur de ne pas pouvoir répondre à sa question. "Euh...Demande à Youri, il doit savoir." "Nan, j'suis pas fort en Histoire, moi !" Je le regardais, il se tenait debout derrière Katarina qui rangeait ses affaires, les bras croisés et nous regardait avec un air sérieux qui n'allait pas vraiment avec ce qu'il disait. "C'est pas vrai, tu sais plein de choses en Histoire, mais tu veux jamais m'aider !"
"Même pas vrai, d'abord !" dit-il et ils se tirrèrent tous deux la langue, comme de vrais gosses. Je ne comprenais pas ce comportement qu'il avait mais je me rendais compte que depuis le début, aucun enfant ne bronchait, ils étaient tous sages et lui obéissaient. Même moi je n'avais pas envie de lui tenir tête. Il avait quelque chose de mystérieux qui faisait qu'on ne pouvait pas lui dire non. Il était honnête, je pense.
"Alors, tu peux m'aider ?" me redemanda la petite métisse. Je jetai un coup d'oeil vers le jeune homme qui me fit un clin d'oeil presque imperceptible. Alors je me penchais sur le travail de l'enfant et je lui répondis comme je pus, sans me tromper, je pense.

L'heure du déjeuner vint plus vite que ce que je l'imaginais. Madame Vivière était passée vite fait me voir pour me dire qu'elle reporterait sans doute l'entretien, et qu'elle ne voulait pas me retenir. Apparamment, l'affaire du père violent n'était pas encore réglée et risquait de prendre du temps avant de se finir. J'avais déjà commencé à discuter avec Youri et puis, j'avais rien à faire ma journée, j'avais décidé de découvrir un peu plus ce gars étrange et l'envers d'un orphelinat. Sans que je sache vraiment pourquoi, je me confiais à ce mec que je ne connaissais pas et je me rendais compte que ça me faisait du bien. J'étais soulagé parce que j'avais une oreille attentive, qui ne contestait pas à chaque fois que je disais ce que j'avais sur le coeur. Il ne parlait pas vraiment, il ne me coupait jamais et attendait que je lui pose une question pour prendre la parole. J'étais content d'apprendre que lui-même n'avait pas été un élève forcément brillant à l'école. Il avait même redoublé, ce qui faisait qu'il avait un an de plus que ses camarades de promotion, ce qui faisait qu'elles le prenaient de haut pour être un homme et ne pas être un surdoué. Dans un sens, je trouvais qu'il faisait mieux son travail que celle qui me suivait d'habitude. Mais peut-être parce qu'il avait plus de patience.
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Youri Tamizura

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MessageSujet: Re: Youri Tamizura   Lun 1 Sep - 3:24

La machine qu'il avait mise en route le matin avait fini de tourner, il devait aller l'étendre. Sans même réfléchir, je lui proposai mon aide et il l'accepta volontiers. Il faisait très frois dehors. Il y avait encore de la neige. Du moins, d'un côté des jardins. À l'arrière, là où ils avaient installé les cordes à linge, le soleil passait toute la journée et on voyait les herbes mortes et la terre battue. Il n'en avait pas vraiment besoin, mais je l'aidais à porter la grosse bassine de métal remplie de linge. Il la tenait d'une main sans difficulté, alors que moi je peinais, me penchant de l'autre côté pour ne pas céder sous le poids. Il restait neutre, une main dans la poche de son épais manteau long de tweed gris à carreaux écossais noirs. Il paraissait plus grand et plus carré d'épaule, comme ça. Tout en étendant la lessive, nous continuions notre conversation. Les enfants jouaient juste derrière nous, et il jetait de temps en temps des coups d'oeil pour voir si tout allait bien. Il était le seul garçon de sa promotion, mais d'après ce que j'en voyais, je trouvais aussi que c'était celui qui se débrouillait le mieux. Finalement, il ne dénotait pas dans cet endroit, c'était son élément. Toujours d'une main, il rammena la bassine, mais la posa contre le mur, à côté des marches, et s'adossa tranquillement en regardant les enfants, les mains dans les poches, un pied contre les briques.

"On reste là, si ça te dérange pas ? Faut pas que je les laisse seuls."
Je m'assis sans répondre et le regardai un moment. Je me disais en moi-même que ce gars pouvait être mannequin entre sa belle gueule et son élégance naturelle. J'allais lui poser la question quand il sortit de sa poche un paquet de cigarettes et en prit une. Il remarque que je le fixais alors il me tendit le paquet mais je refusais.

"Tu fumes pas ? C'est déjà bien, c'est une vraie plaie de fumer. Quand tu commences, tu te dis que c'est bien, et quand tu te dis que c'est mal, tu peux plus arrêter. Enfin, personnellement j'ai jamais vraiment essayé d'arrêter, non plus." dit-il en allumant sa cigarette avec un briquet. Il rangea tout dans ses poches et tira une bouffée, puis il me regarda de ses yeux noirs perçants.
"Et t'as quel âge, au fait ?" En effet, je lui avais tout dit sur ma situation de famille, mes parents, ma tante, mais pas mon âge. En fait, je suis plutôt petit et maigrichon, et on me trouve mignon dans le sens où je fais encore un peu gamin, mais il était souvent difficile aux gens de me donner un âge.
"Seize ans."

Il eut un rire presque nerveux, et manqua de s'étouffer avec la fumée. "Seize ans ! Waouh ! Et bah dis donc, elle a perdu en patience, Madame Vivière !"
"Pourquoi tu dis ça ?"
"J'l'ai eue aussi, comme assistante sociale, quand j'avais ton âge...Et peut-être même depuis plus longtemps que toi."
"Et pourquoi tu dis qu'elle a perdu en patience ? T'étais pire que moi ?"
"Ouh ! Si tu savais ! Moi, à ton âge j'en étais pas qu'à la cigarette !"
Comme je devais faire une drôle de tête, il me sourit, un peu gêné.
"J'ai en ai pas l'air comme ça, mais j'suis pas le gentil papa poule que tu crois. Enfin, si mais pas vraiment non plus." Il passa une main dans ses cheveux en regardant le sol d'un air absent : "Alala, que c'est compliqué tout ça..."

Puis il s'assit à côté de moi et tira élégamment une bouffée puis recracha la fumée comme s'il soufflait pour se décharger d'un poid. Alors j'osai poser ma question :
"Pourquoi t'es passé par les services sociaux ?" Il me jeta un regard à la fois surpris et suspicieux, et puis finit par répondre posément :
"En gros, mon père a largué ma mère quand il a su qu'elle était enceinte, et comme elle avait pas beaucoup d'argent et qu'elle avait, je cite le dossier, une vie douteuse, on nous a envoyé Madame Vivière, qui était alors une pauvre jeune femme qui n'avait aucune expérience et qui en a bien bavé avec nous."
"Une vie douteuse ?"
"Ouais, ma mère était commédienne. C'était une très belle femme, mais très fière, aussi, et elle ne voulait pas faire n'importe quoi pour gagner sa vie, mais gagner assez pour pas qu'on crève de faim. Tiens, attends, j'dois avoir une photo sur moi."

Il coinça le filtre entre ses dents et fouilla à l'intérieur de son manteau pour en sortir un vieux portefeuille en cuir râpé qu'il me tendit ouvert sur le portrait d'une femme brune aux longs cheveux, au visage extraordinaire dont il avait sans aucun doute hérité les traits. Elle avait ce côté femme fatale tout en restant simple. En fait c'était peut-être sa simplicité qui la rendait si belle, quoiqu'il en soit, je compris l'affection qu'il lui portait en voyant cette douceur dans ses yeux. De ce qu'il en disait, c'était une mère formidable et je le comprenais. Ma mère aussi était comme ça. Je lui rendis le portefeuille qu'il rangea et reprit sa cigarette entre ses doigts.

"Mon vieux était bien content de s'être trouvé une femme comme ma mère. Le truc que j'ai jamais compris, c'est qu'il l'a lâchée avant ma naissance, mais il est revenu dix ans plus tard nous proposer de l'aide. C'était pas trop tôt. On a pas refusé mais j'devais aller le voir une fois par semaine chez lui. Lui ça pouvait aller, j'm'entendais pas trop mais, mais sa pétasse. Pfff ! Quelle horreur ! C'était sa secrétaire, en plus, une vraie cruche !" Il tira une bouffée. "Comme tu t'en doutes, j'ai commencé à faire quelques conneries. J'me battais très souvent et on nous a renvoyé Madame Vivière qui était déjà un peu plus sûre d'elle. Qu'est-ce que j'ai pu lui faire comme crasses, à cette pauvre femme ! Enfin, bref, j'ai cherché du boulot pour m'occuper et aider ma mère qui tombait malade."
"Elle avait quoi ?"
"Le genre de truc qui se soigne pas. Quand je suis entré en troisième, elle a été de plus en plus fatiguée. Elle assumait de moins en moins toutes les heures, et mon père m'a proposé un job qui payait bien."
"Ah ouais ? T'as fait quoi ?"
"Mannequin." dit-il en passant son pouce sur une cicatrice verticale qu'il avait à la lèvre, au profil droit. Elle était assez courte, mais on la voyait quand même car elle coupait assez brutalement la ligne régulière de sa bouche. "Je fais toujours, d'ailleurs. Y a une boutique dans le centre ville qui me demande à chaque nouvelle collection pour les photos publicitaires et tout le bazard. ça aide pas mal pour arrondir les fins de mois."

Je fixai intensément cette petite marque plus claire et creusée et comme je n'étais pas très discret il enchaîna :
"Ah, tu regardes cette horreur. J'en ai aussi une là." dit-il en soulevant de la paume de la main avec laquelle il tenait la cigarette, ses fins cheveux noirs. Il avait le même genre de marque, mais plus large et légèrement rouge sur la tempe et la partie gauche de son front. "J'me suis pris un coup de couteau, enfin, deux." Je ne disais rien mais il me regarda droit dans les yeux et il enchaîna. "Comme j'te l'ai dit, je me suis souvent battu à l'école, mais ça se terminait parfois dans la rue. C'est pour ça que j'ai des muscles, j'ai toujours la trouille de me faire agresser, ça sécurise toujours de se dire qu'en plus de la technique on a de la ressource. Ma mère se faisait un sang d'encre à chaque fois que je rentrais, et Madame Vivière s'arrachait les cheveux. Ce qu'on a pu se prendre le bec ! Je ne pouvais pas faire autrement, fallais que je me mette à lui gueuler dessus dès qu'elle commençait à corriger mon attitude. J'étais très irritable, ma mère était malade, on voulait me faire arrêter la fumette par tous les moyens, j'me battais de plus en plus. Mais j'me suis calmé avant mes dix-huit ans, j'ai été en quelque sorte sauvé."

"Il s'est passé quoi ?"
"Ma mère est morte. Je me suis renfermé sur moi-même et plus personne ne m'a trouvé cool. J'étais redevenu le loser que tout le monde fréquente parce que c'est une pointure de mode."
"Quoi ? T'avais pas d'amis pour t'aider ?"
"Non, pas vraiment. J'étais très ami avec une fille de ma classe, en première, mais elle a changé de lycée et elle n'a plus jamais voulu me voir. Les autres, c'étaient que par intérêt. Les filles parce que ça le faisait de me fréquenter, les mecs parce qu'en sortant quelque part avec moi, y avait toujours quelques filles pour venir et comme j'étais une vraie huître à cette époque, les autres avaient pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour m'effacer du tableau. Ils barratinaient, racontaient deux trois blagues, et moi, on m'oubliait, emballé, c'est pesé et c'était reparti quand les filles leur convenaient plus."
"Ouah, c'est pas drôle d'avoir une belle gueule !"

Il éclata de rire. Un rire franc et sans arrière pensée. Sans savoir pourquoi, je ris avec lui. Après tout, ce que je venais de dire n'était ni méchant, ni gentil, c'était vrai mais ridiculement vrai. Mais ce mec m'a épaté, ce jour-là. Un type capable de tabasser un autre dans la rue, s'occupant des enfants et des tâches domestiques comme un père célibataire, un gars qui peut péter la centrale et devenir violent d'un coup avoir la patience d'un ange avec des p'tits bouts de chou.

La petite métisse que j'avais aidée s'approcha de nous, deux petites fleurs blanches à la main. Elle en tendit une à Youri qui la prit délicatement avec un sourire :
"Pour moi ? Oh, merci, c'est gentil Neima, elle est très jolie." Toute contente, la petite mit les mains dans son dos tandis qu'il fouillait encore dans l'intérieur de son manteau. Il en sortit un petit agenda à élastique qu'il ouvrit et demanda "Quel jour on est, aujourd'hui, Neima ?" "Le 23 décembre !" dit-elle. "Bien..." Il prit une page et posa délicatement la fleur dedans, et écrivit quelque chose avec un petit crayon glissé dans la pochette, puis il tourna le cahier pour que la petite puisse le voir. "Regarde, je vais la mettre là, à la date du 23 décembre, et j'ai mis tout nom juste à côté. Comme ça, je me souviendrai toujours que c'est toi qui me l'a donnée aujourd'hui." Avec un grand sourire, elle passa ses deux petits bras autour de son cou. Il posa une grande main dans le dos de la jolie métisse, un doux sourire aux lèvres. Je vis alors qu'il avait écrasé son mégot juste quand elle était venue. Ce devait être instinctif, chez lui. Je trouvais ça plutôt mignon, dans un sens, lui qui était pas capable d'arrêter de fumer écrasait sa cigarette dès qu'un enfant l'approchait. Quel paradoxe. Alors que je souriais seul, je vis que deux grands yeux noirs me fixaient. Elle se tenait les deux mains dans le dos.
"Je peux te faire un cadeau ?" ma demanda-t-elle. Surpris, j'acquiesçai d'un signe de tête et je la vis me présenter la deuxième petite fleur. Elle est toujours sur une feuille de mon calepin, épinglée au-dessus de mon bureau à l'heure à laquelle j'écris.

Je m'appelle Kurt Remington. Je suis écrivain, et j'ai maintenant trente ans. Je suis marié, et j'ai moi aussi une petite fille, une jolie petite métisse comme Neima. Sa mère est la meilleure chose qui me soit arrivée...après Youri. Je ne connaissais pas son nom, juste un prénom et un visage, je n'ai pas pu le retrouver. Pourtant, j'aurais bien voulu le revoir. Je suis retourné à l'orphelinat quelques jours plus tard, mais il n'était pas là. Il passait des examens. J'espère qu'il les a réussi. J'ai fini par oublier cette histoire, puis j'ai grandi, j'ai eu dix-huit, puis vingt ans, et je suis parti à l'étranger. Là-bas j'ai commencé à écrire, et j'ai rencontré ma femme. C'était en Afrique, elle était la seule à parler ma langue, dans la tribue où je m'étais installé pour écrire mon roman. Je suis juste rentré il y a deux ans, avec les deux femmes de ma vie. Elles sont contentes, et moi aussi.
Si je me souviens avec tant de précision de cette journée, c'est qu'elle a changé ma vie. C'est lui qui a changé ma vision des choses. Il n'a rien fait de particuliers, pourtant, mais de le voir, lui, un voyou, être devenu ce qu'il était et ce qu'il doit toujours être aujourd'hui. Sa mère doit être fière de lui, de là où elle est. Pourtant, comme je vous l'ai dit, je l'avais oublié, pendant tout ce temps. En fait, je ne me suis souvenu de tout ça qu'hier, quand ma femme a rammené des cartons contenant des affaires que j'avais chez ma tante et que je n'avais pas emporté. J'ai feuilleté avec nostalgie mes vieux livres, qui étaient mes seuls compagnons à l'époque. Puis je tombais sur un petit livre de contes nordiques. Je l'ouvris et rencontrai bientôt un petit bout de papier carré. Il était jauni, un peu froissé, complètement recouvert d'adhésif. En haut, à droite, il y avait trois petits mots griffonés. Neima, 23 Décembre. Et tout m'est revenu.
Je ne sais pas ce qu'il est devenu. J'avais seize ans à l'époque, il devait en avoir 20 ou peut-être 22. Alors, maintenant, il doit en avoir 34, 36 ? Peut-être même 38 ou 40 ans. Je n'ai jamais pu le retrouver. Peut-être qu'il a déménagé ? Je l'imagine père de famille, peut-être trois ou quatre enfants, avec une femme qu'il aimerait aussi tendrement que ses marmots, qui serait obligée d'élever la voix contre ses enfants et son mari, riant et chahutant comme si elle avait non pas quatre, mais cinq enfants. Ou peut-être que je me trompe...peut-être est-il seul, à donner encore le sourire à des gamins perdu...Ou peut-être qu'il n'est plus...Cette pensée me serre le coeur.

J'aurais cependant toujours en mémoire le souvenir d'un soir de décembre, à la lueur d'un réverbère, dans le jardin enneigé d'un endroit que je détestais, un grand jeune homme faisant la ronde avec des enfants, une tendresse infinie sur son visage. Je revois tout clairement, ses deux grandes mains tenant celles de petits garçons et de petites filles emmitoufflés dans de gros manteaux ; ses lèvres coupées s'étirant en un sourire ou un rire, je ne me rappelle pas très bien ; sa longue écharpe blanche dansant au gré de ses mouvements. Il faisait sombre et froid, si froid. Et le coeur de ces enfants aussi était froid aussi, brisé on ne sait par qui ou par quoi. Mais ce grand gaillard un peu brute avait réussi à rallumer en eux une petite flamme de vie et de bonheur. Mais pas seulement chez eux. Chez moi, aussi. Puis il s'est arrêté, et s'est tourné vers moi, avec un sourire. Un sourire à la fois innocent et plein de détresse. Celui d'un enfant malheureux qui essaie de se relever après une grosse rouste. Il avait l'air d'un ange. Sa peau claire, ses cheveux un peu ébourrifés, son visage, sa carrure...Une beauté iréelle que n'importe qui lui aurait envié, et qui lui avait coûté bien plus que ce que l'on peut penser. Oui, c'était bien un ange. Un ange à l'aile et à la jambe brisées, en même temps que ses amis avaient disparu et que ses rêves d'enfant s'étaient envolés. Je l'imaginais alors, avancer sous cette neige tombant en pluie fine, se traînant en tenant sa jambe blessée, une aile majestueuse et blanche pendant lamentablement derrière lui et faisant tout pour sortir de ce sombre brouillard, sautant de temps à autre pour attraper une luciole, comme s'il pouvait en prenant cet insecte toucher un rêve du bout des doigts. En le regardant, je pleurais et en y repensant aujourd'hui, j'en pleure encore.
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Adam Williams
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MessageSujet: Re: Youri Tamizura   Sam 13 Sep - 20:07

Re-bienvenue à toi !

Tu es validé, bien entendu. Bon jeu !

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MessageSujet: Re: Youri Tamizura   

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Youri Tamizura
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